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Mali : IBK seul au monde

 

 

Alors qu’il vient de fixer la date des prochaines élections présidentielles maliennes au 29 juillet, le président de la république du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, alias IBK, semble plus esseulé que jamais. Si bien que sa candidature est remise en question, au sein même de son parti.

 

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Lors de l’interview accordée par Le Monde le 22 février, les questions des journalistes en disaient plus que les réponses d’IBK sur la situation du président malien, isolé au Mali comme à l’international. Petit florilège.

  • Comment vivez-vous le délitement de la confiance à votre égard de la part de certains de vos homologues de la région qui vous considèrent comme un « maillon faible » du G5 Sahel ?
  • Sentez-vous aujourd’hui un agacement de la part du président français, Emmanuel Macron, avec qui l’on dit que vos rapports sont tendus ?
  • Macron vous a-t-il fortement déconseillé de briguer un deuxième mandat ?

C’est peu dire que les relations sont fraiches entre le président malien et son homologue français, qui l’accuse d’attentisme dans la gestion de la crise sécuritaire et dans la lutte contre les groupes djihadistes. Au point que la rumeur court avec insistance d’une volonté de l’Elysée de voir IBK renoncer à un second mandat.

Une perte de confiance de l’allié français qui trouve son équivalent dans la vie politique malienne. Depuis plusieurs années, les soutiens d’IBK s’éloignent progressivement. Le président malien fait le vide autour de lui.

Le 29 décembre 2017, Abdoulaye Idrissa Maiga, le premier ministre malien, vice-président du parti au pouvoir, le Rassemblement pour le Mali (RPM), rendait, de manière surprenante, sa démission. Une démission lourde de conséquences de la part d’un homme fort du régime, qui plus est originaire de Gao, la principale ville du nord. Ce grand nord avec lequel le contact n’aura pas été renoué par les autorités de Bamako.

La démission d’Abdoulaye Idrissa Maiga a surtout mis en évidence l’instabilité du pouvoir d’IBK, qui a dû changer quatre fois de premier ministre depuis son élection de 2013.

Autre acteur de premier plan de l’élection d’IBK, le général démissionnaire Moussa Sinko Coulibaly, qui a aussi été déçu par les engagements non tenus d’IBK, préférant rejoindre l’opposition.

Au niveau politique, on peut également souligner la croissance du parti d’opposition  l’Union pour la République et la démocratie, qui accueillait dans ses rangs Racine Thiam, ancien directeur de la cellule de communication de la présidence de la République.

Le plus sérieux de ses challengers, l’entrepreneur Aliou Boubacar Diallo ne cache pas non plus ses ambitions présidentielles. Soutien de la première heure, le fondateur du parti ADP-Maliba avait claqué la porte de la Majorité présidentielle d’IBK en 2016 pour des « profondes divergences de vues » concernant la gestion publique. 4e force politique de l’Assemblée, le parti d’Aliou Diallo pourrait créer la surprise puisque le 11 Mars prochain, il devrait officiellement se lancer dans la course pour Koulouba, soutenu par un vaste mouvement populaire dénommé Ko-koura.

Du côté de la société civile, le président malien s’est aussi mis à dos les religieux, à travers la personne de Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique du Mali. Ce dernier a affirmé publiquement que les religieux suivront les consignes de vote du Chérif de Nioro du Sahel, une autre personnalité de premier plan, respectée et écoutée des Maliens, qui a pris ses distances avec IBK, afin de ne pas rééditer les mêmes erreurs qu’en 2013. Comme pour sceller leur alliance, ces deux personnages ne se sont rendus, ni l’un, ni l’autre, à la cérémonie de présentation de vœux du chef de l’Etat à la société civile, qui se tenait quelques jours après l’annonce du Chérif de Nioro du Sahel.

A six mois d’une élection présidentielle dont nul ne sait s’il pourra s’y présenter, IBK n’a jamais été aussi seul. Tous ses alliés qui lui ont permis de remporter le scrutin en 2013 lui ont tourné le dos. Plus grave, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée depuis son élection et la jeunesse malienne, confrontée à un chômage de masse, s’est détournée de lui.

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